Pétanque : médailles en Grèce, tempête à la Fédération — Nelly Peyré brise le silence
Après l'argent et le bronze décrochés aux championnats d'Europe de Loutraki (Grèce), la double médaillée française Nelly Peyré a livré sa version d'une crise qui agite l'équipe de France féminine et la Fédération française de pétanque (FFPJP) depuis plusieurs semaines. Une crise au terme de laquelle Philippe Quintais, directeur sportif du collectif féminin, a annoncé le lendemain son souhait de démissionner.
L'essentiel en bref
- Du 8 au 11 octobre 2026, l'équipe de France féminine a disputé les championnats d'Europe de triplette et de tir de précision à Loutraki, en Grèce.
- Les Bleues (Nadège Baussian-Protat, Sandrine Poinsot, Nelly Peyré, Toréa Tairio) ont ramené l'argent en triplette après une finale perdue contre la Belgique, tenante du titre, et le bronze de Nelly Peyré au tir de précision.
- Le 13 octobre, le témoignage de Nelly Peyré est relayé par la presse spécialisée : excuses publiques à Philippe Quintais, récit d'un incident survenu après une demi-finale du championnat de France, démenti formel d'avoir posé des conditions à sa sélection.
- Le 14 octobre, Philippe Quintais a confirmé son souhait de démissionner de son poste de directeur sportif du collectif France féminin, évoquant être touché par un cancer.
- Côté masculin, le quatuor Bonetto-Sarrio-Montoro-Cousin représentera la France aux championnats du monde de Thaïlande (20-25 novembre), sans Dylan Rocher ni Henri Lacroix, cités dans une enquête pour soupçons de manipulation de rencontres — les joueurs concernés demeurant présumés innocents.
Des médailles, mais pas l'or
Sur le papier, le bilan grec est honorable. En triplette, la France a atteint la finale, perdue face à la Belgique, déjà championne d'Europe en 2024 à Santa Susanna, et repart donc avec l'argent. Au tir de précision, Nelly Peyré a dominé l'Italienne Sara Ferrera en quart de finale (33-26) avant de céder en demi-finale face à la Norvégienne Ranu Homniam (31-48), ce qui lui vaut la médaille de bronze.
Pour la principale intéressée, ce résultat reste un échec. « Quand on représente l'équipe de France, la seule médaille qui nous intéresse, c'est l'or. Donc personnellement, je considère ce résultat comme un échec », écrit-elle dans le message publié après la compétition.
Un échec relatif tout de même, dans une saison 2026 déjà riche pour la joueuse de Fréjus : championne de France tête-à-tête, championne de France doublette avec Audrey Bandiera, puis sacrée aux Jeux méditerranéens de Tarente fin août, où elle a pris sa revanche sur l'Espagnole Alba Valiente Quereda en remportant l'or en doublette avec Toréa Tairio (13-9 après avoir été menée 0-7), quelques heures après avoir perdu la finale du tir de précision contre la même Valiente (30-32).
La prise de parole de Nelly Peyré
Après la finale perdue contre la Belgique, Nelly Peyré a donc livré son témoignage. Elle y explique d'abord son silence : « on nous avait interdit de prendre la parole sur cette situation », affirme-t-elle, précisant avoir attendu la fin du championnat d'Europe avant de s'exprimer.
Elle y présente ses excuses publiques à Philippe Quintais. Quand celui-ci l'a appelée pour lui annoncer qu'elle était sélectionnée à la place de Cindy Peyrot, « j'ai très mal réagi », reconnaît-elle, allant jusqu'à lui répondre : « Je ne suis pas la remplaçante de Cindy ! »
L'incident qui a tout déclenché
Pour expliquer cette réaction, elle remonte à la demi-finale du championnat de France doublette, disputée à Bergerac face à Cindy Peyrot et Anna Maillard — une demi-finale remportée 13-12 par Peyré et Bandiera, avant la finale gagnée face à Mouna Béji et Nadège Baussian-Protat. Selon son récit, à l'issue de cette demi-finale, « le compagnon de Cindy s'est mis à me crier dessus et Cindy est venue se mettre tête contre tête avec moi devant le camion de la Fédération ». Elle dit s'être « sentie victime », estimant « avoir été agressée et menacée après avoir simplement gagné une demi-finale de championnat de France » ; elle évoque une vidéo des faits qui « devrait prochainement être diffusée », et une éventuelle plainte sur laquelle elle « doit encore attendre » avant d'en dire davantage. Ces faits reposent à ce stade sur son seul témoignage.
De son côté, Philippe Quintais a confirmé l'existence d'une « grosse dispute » à l'issue de cette demi-finale, dont « l'entourage des joueuses s'est mêlé des deux côtés », et a indiqué que Cindy Peyrot avait été radiée du collectif à la suite de ces incidents ; selon le récit de Nelly Peyré, le coach avait estimé, sur la base des informations dont il disposait, que les torts étaient partagés à 50/50.
Démentis fermes
Nelly Peyré dément formellement avoir posé la moindre condition concernant sa coéquipière Toréa Tairio pour accepter sa sélection : « Je n'ai jamais posé la moindre condition concernant Toréa pour être sélectionnée en équipe de France. C'est absolument faux ! Philippe le sait très bien, cela n'est jamais sorti de ma bouche. » Elle rappelle que c'est Ludovic Pereira, responsable du collectif, qui a obtenu son accord, et que refuser une sélection en équipe de France n'était « pas quelque chose que je pouvais accepter ».
Elle dénonce enfin le harcèlement subi depuis plusieurs semaines sur les réseaux sociaux, et prend à témoin ses dix années au plus haut niveau « sans jamais avoir eu le moindre problème avec qui que ce soit ». Son message se conclut sur un plaidoyer en faveur de Philippe Quintais : « Je pense que nous avons besoin de Philippe Quintais. Nous devons tout faire pour le conserver. » Elle précise l'avoir appelé au téléphone pour lui présenter ses excuses de vive voix.
Chronologie d'une crise fédérale
La tempête s'est déclenchée bien avant l'Euro. Nommé directeur sportif du collectif France féminin début 2026, Philippe Quintais raconte avoir obtenu une « carte blanche sur les sélections » du président Michel Le Bot pour reconstruire le groupe après les Mondiaux d'octobre 2025, et avoir rappelé d'anciennes cadres, dont Cindy Peyrot et Angélique Colombet — des retours qui, selon lui, n'ont pas été du goût du directeur technique national Patrice Rodriguez.
Le déroulé des semaines suivantes, documenté par la presse spécialisée, donne le vertige :
- 2 septembre : la sélection pour l'Euro est annoncée — Peyrot, Colombet, Baussian-Protat, Poinsot.
- 17 septembre : Cindy Peyrot puis Angélique Colombet se retirent du collectif. Selon des sources concordantes, la Fédération serait revenue sur sa décision d'autoriser la présence des conjoints en compétition, une décision d'abord validée par la DTN puis remise en cause faute d'accord du président Le Bot ; plusieurs membres du collectif auraient également demandé l'éviction de Quintais par courriel.
- 18 septembre : la FFPJP dévoile une nouvelle sélection (Baussian-Protat, Poinsot, Peyré, Tairio) présentée par Ludovic Pereira, sans mentionner Quintais.
- 22 septembre : Quintais publie un long communiqué dénonçant sa mise à l'écart et affirmant « refuser catégoriquement de démissionner » ; il accuse Patrice Rodriguez d'être devenu de facto le nouveau sélectionneur.
- Début octobre : la FFPJP sort du silence pour exiger le « respect », condamnant « insultes, attaques personnelles et menaces » visant bénévoles, athlètes et cadres, et annonce un signalement au ministère des Sports ainsi que des plaintes judiciaires.
- 8-11 octobre : l'Euro de Loutraki, disputé « dans une ambiance électrique » selon Peyré, se solde par l'argent et le bronze.
- 13-14 octobre : le témoignage de Nelly Peyré est relayé par la presse spécialisée ; le lendemain, Philippe Quintais confirme son souhait de démissionner.
Quintais, le « Roi » fatigué
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